Au sujet du Tao 1

Se sentir authentique, de plain-pied dans sa vie, être efficace dans ses actions comme dans son inaction, juste dans ses décisions, vivre détaché de la notion impérieuse de résultat et pourtant se réaliser au quotidien, voilà où peut mener la PRATIQUE du Tao.

Les maîtres taoïstes auprès desquels nous avons reçu notre enseignement insistent sur ce fait : le Tao se pratique, s’expérimente et se vit dans et par le corps. Toute la théorie qui tourne autour ne fait que l’accompagner et le soutenir. Parfois elle peut l’expliquer. (Comprenez par là qu’un auteur écrivain ou journaliste n’a jamais pu et ne pourra jamais écrire quoique que ce soit de juste sur le Tao faute de l’avoir pratiqué au moins une bonne dizaine d’années de manière très assidue, afin de sentir, ressentir les effets de sa pratique)

Cela signifie que la lecture mentale et la conceptualisation n’apporteront rien de bon si une pratique bien orientée et quotidienne n’est pas la motivation profonde. L’intellectualisation pourra au contraire apporter des effets négatifs.

Après plus de 25 ans de pratique dont la dernière moitié à l’enseigner, il nous paraît opportun de faire une pause dans notre pratique pour en écrire quelque chose de simple et surtout de juste pour vous aider à en éclairer voire affiner votre vision.

Taoïsme archaïque, taoïsme religieux, taoïsme moderne

Les origines de la conception taoïste se perdent dans la nuit des temps en Chine au minimum à la préhistoire, c’est à dire avant la datation par les occidentaux de l’invention de l’écriture.

Il faut donc se tourner vers les souches chamaniques pour estimer son origine à plusieurs milliers d’années (au minimum 6000 ans).

Le plus vieil ouvrage du monde et celui dont l’ancienneté est contestée est le Y-King (ou I-jing) ou livre du changement. Présenté par certains auteurs modernes non pratiquants comme ouvrage de divination, il permet juste de mettre en corrélation la situation dans laquelle on se trouve et les opportunités de changement de ladite situation, son évolution possible selon les décisions que NOUS allons prendre, avec évidemment plusieurs options possibles. Donc pour la divination et l’oracle, c’est raté.

Pourquoi aller vers le chamanisme pour expliquer la source du Tao ? Simplement parce que les chamans étaient dépositaires d’un juste bon sens : celui que l’être humain est sous l’influence naturelle de la Terre qui le porte, du Ciel qui l’entoure, du climat qu’il subit, et des innombrables êtres vivants qui cohabitent avec lui dans notre monde. (Dans certaines autres civilisations, les chamans sont appelés sorciers, homme-médecine, « celui qui parle aux esprits ».)
Des choses que nos petites et grandes écoles ont pour habitude de galvauder, négliger et passer sous silence au profit exclusif de l’intellect, du pouvoir (sur qui ?) et de la soif de l’or (?)

L'équilibre ou "invariable milieu"

Confucius -Temple de Confucius à Jianshui (Yunnan-Chine)

Confucius -Temple de Confucius à Jianshui (Yunnan-Chine)

Pour autant il n’est pas nécessaire de renoncer aux plaisirs de la vie pour être et vivre heureux. Ce que le Tao enseigne c’est la recherche permanente d’équilibre, le Juste Milieu repris par Kong-Zi (Confucius en latin) c’est-à-dire l’absence d’excès. Là où ça se complique, c’est qu’il faille comprendre « absence d’excès en insuffisance ». Car il peut y avoir un excès en trop, ou un excès d’insuffisance. Calmez-vous, avec un exemple ça ira mieux :

Quand vous avez trop de sauce dans votre assiette, c’est un excès que vous n’êtes pas obligé de consommer, ne trempez pas votre tartine et tout ira bien.
A l’extrême, s’il y en a tellement que tout baigne, votre estomac et votre foie, si vous mangez ce qu'il y a dans votre assiette vont s'en repentir; c’est un excès en trop ; on dira un excès de « plein ».
S’il n’y a pas assez de sauce, c’est une insuffisance de sauce, et c’est juste dommage. S’il n’y a pas de sauce du tout et que la nourriture est desséchée alors c’est immangeable et il s’agit d’un excès d’insuffisance, excès de vide.

Donc pour trouver l’équilibre en toute chose, il faut éviter les excès.

Pour les plaisirs, les désirs, les envies, c’est la même chose. Il ne s’agit pas d’y céder en totalité, ni d’y renoncer, mais de les canaliser et surtout de ne pas être dépendant de leur réalisation ou non réalisation.

Du quantitatif au qualitatif : un pas à franchir

Quand une société se coupe de la nature, les besoins naturels et vitaux de ses membres ne sont plus assouvis : manger et boire sainement, être en contact (physique) avec la vie minérale, végétale et animale (et donc aussi humaine), partager sans tension, ni rétention ni exclusivité avec les autres humains, avoir un sommeil récupérateur, respirer un air sain et vif, être exposé à la lumière du jour naturel.

Apparemment notre société se rappelle uniquement des verbes infinitifs ci-dessus mais pas des qualificatifs qui les accompagnent. Nous sommes dans une société du quantitatif et non du qualitatif.

La pratique du Tao ramène à tous ces indispensables vitaux. C’est pourquoi elle est aussi profitable à celles et ceux qu veulent se sortir de tout système de dépendances et reprendre la responsabilité de leur "bien-être", de leur "être-bien" et de leur "Être" tout simplement.

La pratique est souvent basée sur l’utilisation d’images ou de symboles naturels qui revitalisent le corps, dynamisent et éclaircissent l’esprit. Par exemple, jouer au vent permet de vitaliser le foie, la vésicule biliaire, la confiance en soi, la dynamique d’action, la vue, renforce les muscles et assouplit les tendons, et affermit la capacité (rapidité, sagacité) à prendre des décisions. Et j’en passe.

Le plaisir

Les chinois ne disent pas faire du Tao, ni travailler le vent, ils disent jouer. Imaginez que comme eux, vous extrayez de votre tête la notion d’enjeu pour y substituer la notion de jeu. Ni perdant ni gagnant, juste du plaisir partagé. Tenez, ça par exemple, ça peut être un bon exercice pour vous. Dans les jours qui viennent, transformez chaque pensée d’enjeu en une pensée de jeu. Ne pensez plus « je risque de perdre quelque chose » mais plutôt, « ça peut être sympa, autant essayer ». Vous aurez déjà fait un plus grand pas vers le tao que nos contemporains assis qui écrivent des gros livres à son sujet et ceux qui les lisent.

Une dérive

Face aux déceptions, frustrations, évictions de notre monde de compétition, d’exclusion et d’obsolescence programmée (faites attention, vous aussi ne seriez-vous pas considéré un produit ?), il semble logique de chercher des compensations.

Une de celles que les anciens chinois, tout comme de nombreux peuples, ont trouvée, c’est la religion. Ériger en dogme une association d’observations naturelles positives avec des superstitions générées par des dominants sur des faibles, a conduit à un ensemble de pratiques religieuses menant aux pires excès à des fins de pouvoir et mercantiles. L’histoire de la Chine est truffée de procès publics pour des groupes ainsi constitués se réclamant du taoïsme ou du bouddhisme. Le confucianisme s’étant toujours érigé comme le gardien de la Règle, il a été relativement épargné par ces règlements de comptes, considéré comme une doctrine (comme le taoïsme à l’origine) et non une religion.

Les marchands du temple, en chine aussi !

Aujourd’hui le Tao est pratiqué par peu de gens, même en Chine. Certaines pratiques comme le TaoYinTu (pratique de l’entretien de la voie) ou le TaoYinShenTi (pratique de l’entretien de la voie et de l’éveil de l’esprit) sont rares car elles nécessitent un temps d’apprentissage et d’expérimentation qui convient mal aux désirs frénétiques d’une populace « zapping ». La place a été prise par des marchands de sauce tao formés en deux ans voire en un mois pour certains, qui vous vendent du qigong créé entre il y a trois ans et la semaine dernière. Ils répètent le même inlassable enchaînement car ne connaissant que celui-là, le tout sous l’égide d’une ou plusieurs fédérations non officielles et non reconnues malgré leur publicité mensongère, ne cherchant que le record de nombre de licenciés pour obtenir LA subvention de l’état.

Malheureusement, en Chine c’est exactement le même problème. Nous sommes allés rendre visite à nos deux maîtres chinois vivant chacun dans leur monastère en Avril 2016, et leur avis était le même.

Jmi et Sophie avec maitre XiaoYao dans son monastère sur la montagne WeiBaoShan (Yunnan - Chine)

Jmi et Sophie avec maitre XiaoYao dans son monastère sur la montagne WeiBaoShan (Yunnan - Chine)

Il faut savoir qu’à l’origine il y a trois grands courants d’écoles taoïstes. Tout le reste n’est que supercherie. Le maître XiaoYao nous disait il y a peu du haut de sa montagne dans le Yunnan, qu’il avait reçu des élèves d’un prof réputé et connu aux Pays-Bas, venus le fréquenter pendant deux mois pour qu’il corrige leur pratique qui leur avait généré des troubles profonds de santé. Ainsi ce qui peut faire du bien peut faire du mal quand c’est mal dirigé. Ce serait les effets indésirables du médicament.

Donc il faut choisir son enseignant en demandant auprès de qui il a appris, quel école ou quel style, et depuis combien de temps il pratique et enseigne, combien de temps ses élèves restent avec lui en moyenne (1 an fuyez, 5 ou 6 ans ou plus vous pouvez tester). Ensuite, oui testez, essayer. La pratique du Tao, c’est un accompagnement de Vie. La pratique doit être plaisante, le prof et le lieu aussi. Vous devez vous faire du bien, pas y aller à reculons, si vous avez vraiment envie de prendre soin de vous.

Quand on découvre la pratique du Tao, on peut avoir envie de se jeter sur un livre et de l’avaler. Quand on a bénéficié des bienfaits du Tao, on a envie de convertir tout le monde.

Gardons un peu de mesure. Oui il y a des tonnes de bouquins, plus ou moins bien faits par des gens plus ou moins bien intentionnés ni compétents. Alors comment faire un choix ? Et bien demandez à votre enseignant ce qu’il en pense. Personnellement, il y a les livres que je conseille parmi les classiques sous réserve de leur traduction ; et ceux dont je n’ai pas le temps de parler. Comprenne qui veut. En attendant, le Tao se moque bien du développement personnel puisque ça n'existe pas et que c'est impossible, autant qu'il se moque de la spiritualité pour la même raison. A savoir que tout ne fait qu'un. La spiritualité est inséparable de la matière et une des bases du Tao est "le grossier est la racine du subtil". Mais ne le répétez pas. Nous y reviendrons.

Alors nous direz-vous, si la spiritualité n'existe pas et qu'on ne peut pas se développer personnellement, qu'est-ce qu'on peut bien faire ? La réponse est simple, être, juste être et simplement être. Et ne pas prôner comme ça se fait de plus en plus le bien-être, comme les conseillers en bien-être, les techniques de bien-être, car si elles existaient, et si ceux qui les vendent les pratiquaient, ils cesseraient aussitôt de faire pour ... simplement Être. (sourire) Et ne parlons même pas de "mieux être" car là on "toucherait le fond!"

Suite au prochain épisode, mais ça va venir vite. Un tout petit peu de patience...
(Ça c'était l'intro.)

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