Au sujet du Tao 3

Et voilà le troisième volet qui s’appelle 2 de notre saga sur le Tao.

Après l’unité et l’authenticité, voici le 2 de la dualité. A partir du Tao non manifesté et donc sans mouvement, vient l’origine du mouvement, à savoir la mise en place de deux forces qui vont pouvoir se générer l’une l’autre.

C’est la base de compréhension du « changement ». Deux forces, l’une dirigée du bas vers le haut et du centre vers la périphérie dite « yang », l’autre dirigée du haut vers le bas et de la périphérie vers le centre dite « yin ».

Ainsi tel qu’il est écrit dans les classiques, « les énergies claires et légères montent et se dispersent formant le Ciel, c’est le yang ; les énergies lourdes et obscures descendent et se concentrent formant la terre, c’est le Yin ».

Donc point d’état ni de photo, mais plutôt des mouvements et des vidéos. Une photo est statique c’est comme déjà mort, ce qu’on voit dans une vidéo est en mouvement, c’est la vie.

L’une de ces deux forces, Yang, tempérée par l’autre, Yin, va croître jusqu’à son maximum, son extrême, jusqu’à se disperser, laissant place à son opposé, Yin force de concentration qui croissant à son maximum de concentration, tellement concentrée qu’elle en devient invisible puis disparaît. Elle laisse à son tour la possibilité au Yang de renaître et croître jusqu’à nouvelle dispersion, et ainsi de suite. Croissance et déclin, c’est la base de tout mouvement, y compris la vie. C’est donc aussi une force de régénération perpétuelle qui transforme l’aspect des choses et des êtres, tout en maintenant un certain équilibre.

Le changement inévitable est le moteur de la vie

La stabilité donc le ralentissement peut conduire à l’arrêt et à la mort.

Alors premier constat pour nous, petits humains : pourquoi résister au changement ? (puisque c’est résister à la vie) pourquoi rechercher la stabilité ? (puisque c’est trouver la mort).

C’est pourquoi, des mots comme « devoir, falloir, stable, stop, définitif, juger, discerner, arrêter, contrainte, engager, enjeux, fixer, gagner, réussir, perdre, … » sont à utiliser et à « penser » avec précaution puisque ce sont termes morbides.(ils contiennent la notion de fin de quelque chose)

Au contraire, immanence, impermanence, relativité, temporalité, changement, mouvement, jeu, essayer, tenter, oser, aller, sont des concepts de vie.

Mais tout ce jeu a sa propre limite. Une vie trop agitée est comme une chandelle brûlant par les deux bouts. Trop inanimée elle n’éclaire rien et finit aussi par s’éteindre. Point trop n’en faut ! La juste mesure ! En toutes choses. Donc l’un en va pas sans l’autre.

Si l’une des forces « pousse au derrière de l’autre » et réciproquement, les deux sont bien indissociables. Vouloir les séparer reviendrait à vouloir séparer les côtés pile et face d’une même pièce, ou même l’avers et le revers de la main, ou les 2 côtés d’une montagne. En effet, l’adret de la montagne est considéré comme plutôt yang et l’ubac comme plutôt yin, mais la montagne est indissociable. Même si on arrivait à la séparer par moitié, on obtiendrait 2 montagnes plus petites avec chacune un adret et un ubac.

Yin et yang sont donc inséparables et leur alternance inévitable.

Concrètement, la prochaine fois que vous avez l’impression que le sens d’un événement vous échappe, commencez par prendre le temps de ralentir. Vous savez déjà que chaque chose est à sa place, et que tout n’est qu’alternance et équilibre.
Regardez cet événement avec du recul, prenez de la distance. Essayez d’en déterminer le point de départ. Qu’elle en est l’origine, la cause profonde, en fait, sa racine. Vous vous apercevrez peut-être qu’il n’a pu naître spontanément mais qu’il a été engendré par un contexte favorable antérieur.

Ensuite estimez les tenants et aboutissants de ce contexte, et voyez l’évidence de l’arrivée de l’événement en question.

Sentez depuis son début, comment il a évolué, autrement dit « la tournure des événements » au sein de l’événement. Vous y êtes ? Là vous pouvez déjà commencer à deviner la suite de cette événement. Et peut-être même ce qu’il va générer lui-même comme situation ultérieur, ce qu’il va provoquer, ainsi que les événements qui vont en découler.

Loin de devenir des devins, nous abordons la notion de causalité, de la loi de « cause à effet ». Non pas en la limitant à des constats comme Kant, ni en la négativant comme Hume, mais en en percevant la notion de permanente et continuelle évolution.

Tout n’est que cycle

Celui ou celle qui est doué de patience peut l’observer, et même l’utiliser.

Dans votre vie, si une porte se ferme, c’est parce qu’une ou deux autres se sont déjà ouvertes, prêtes à vous accueillir. Vous ne les voyez peut-être pas, mais nous vivons dans un monde de changement permanent et cyclique.

SI vous avez un problème, attendez et observez la tendance du contexte. Voyez ou sentez comment le changement opère, sentez le mouvement. Ne faites pas appel qu’à votre raisonnement, mais surtout à vos sensations. Et vous verrez rapidement que vous êtes capables de vous positionner pour profiter de ce changement au lieu de toujours avoir la sensation de le subir.

D’accord, ces notions sont subtiles et pas évidentes à mettre en pratique, surtout quand on a souvent eu la tendance à accepter de les prendre de plein fouet.

Alors un exemple peut-être ?

Imaginez ! Vous êtes sur la plage. Vous voulez mettre votre barque à l’eau et la mer est loin, c’est marée basse. Deux solutions s’offrent à vous.

Soit vous poussez comme un malade, et c’est lourd une barque, surtout quand on arrive sur du sable mouillé et mou dans lequel l’embarcation s’enfonce. Elle est belle votre barque, elle est parfaitement hydrodynamique donc vous la propulserez facilement à coups de rames. Bien calfatée, sa coque est bien étanche et il n’y aura pas de voie d’eau. Elle est solide et elle résistera aux vagues. Elle est bien auto-videuse (l’eau qui y pénétrera par le dessus sera bien évacuée naturellement vers le fond et la mer) donc vous ne sombrerez pas. Oui, c’était un beau projet, et c’est d’ailleurs une belle réalisation, qui vous vient d’une idée d’un ami qui … etc etc.

Mais là, vous êtes sur le sable, voire « dans » le sable. Plus vous poussez, plus vous vous épuisez. Comme vous êtes un(e) petit(e) malin(gne), vous avez étudié l’art de la guerre et vous vous dites « une troupe c'est comme une nouille, ça se tire, ça ne se pousse pas ». Alors vous passez de la poupe à la proue et vous tirez comme un malade, oui encore, et vous n’arrivez à rien non plus de cette façon là.
Vous vous êtes bien battu(e), contre le sable sec, le sable mouillé, le poids de la barque, éventuellement le vent, le déséquilibre latéral de l’embarcation, mais force est de constater que vous n’êtes de taille ni contre la friction ni contre la pesanteur. Vous êtes juste "contre". Et vous pataugez dans la dualité. Deux forces qui s'opposent.

Vous vous êtes épuisé(e), découragé(e) et vous avez perdu votre temps.

Et si au lieu de "faire contre" vous "faisiez avec" ?

A ce moment vous lâchez prise, vous ne pouvez plus rien faire.

Alors arrive une alternative. Au lieu de vous gâcher votre belle promenade sur les flots, vous savez que le cycle des marées fait qu’après une marée basse, il y a un temps d’inertie qu’on appelle « l’étale » et qu’après l’étale de basse mer, le flot s’inverse et la marée commence à remonter vers la terre. Bientôt l’eau affleurera le bas de votre coque, puis la soulèvera et vous pourrez ramer tranquillement et faire votre balade. Ce serait "faire avec". "Un yin, un yang, c'est le Tao". "Simplement yin, simplement yang" (HuaiNanZi) Ne plus se battre mais utiliser le contexte en acceptant l’alternance. Le yin ne se bat pas contre le yang, ni l'inverse, mais ils s'engendrent l'un l'autre, bien qu'opposés en terme de polarités. (c'est d'ailleurs l'explication de tous les problèmes entre les hommes et les femmes, la guerre des sexes ...voir ici)

Même si votre projet semble parfait, vous êtes tributaire du contexte en permanente évolution, c’est le changement, donc la vie.

Si vous ne tenez pas compte de ce contexte, vous allez finir par renoncer. Si vous voulez forcer les choses sans tenir compte du « timing », vous prenez des risques. L’utilisation du contexte favorisera le succès de votre projet.

Maintenant que la promenade est finie et que vous allez rentrer à la maison, c’est à nouveau marée basse. Allez-vous vous échouer maintenant, ou allez-vous attendre que la mer vous porte en remontant jusqu’à la digue ?

Admettez simplement que votre « temps » doit s’adapter à celui de la Vie, … et non le contraire.

Prenez soin de vous !

A bientôt pour la suite.

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